Le groupe bordelais Pretty Inside arrive à point nommé avec son troisième album Ever Gonna Heal pour rappeler qu’un disque n’est pas seulement un accessoire jetable, mais le support d’une expérience commune, un miroir existentiel où se croisent et se clashent les vécus et sentiments de ceux qui les créent comme de ceux qui les écoutent.
Sur scène, le groupe alterne brûlots rock aux sonorités garage et indus, perles pop baignées d’électricité shoegaze et songwriting existentiel et cathartique hérité des héros tourmentés dark et folk. Un disque aux multiples influences (d’Elliott Smith à Nine Inch Nails en passant par Swans ou Sparklehorse) dont l’homogénéité est assurée par une écriture et un chant profondément honnête, intime et puissant de spontanéité.
Formation menée par Alexis Deux-Seize (membre actif du collectif Flippin’ Freaks et bassiste d’Opinion), Pretty Inside s’est d’abord fait remarquer en 2021 avec Grow Up!, une sorte d’adieu à l’adolescence sur fond de garage rock teinté de power-pop intemporelle et d’attitude slacker.
Enregistré pendant le confinement, ce premier album est l’occasion pour le groupe de se faire remarquer grâce à son talent naturel pour les pop songs douce-amères jouées les doigts dans la prise, électriques, furieuses, cathartiques, déjà. Pretty Inside s’embarque alors pour des concerts un peu partout en France et séduit la presse spécialisée.
S’ensuit alors un processus complexe et un peu chaotique d’écriture et de production d’un deuxième album, foncièrement plus ambitieux mais qui se heurte à des drames personnels, des querelles créatives et une gestation qui ne semble plus vouloir finir.
Durant toute l’année 2023, Deux-Seize alterne orgas de concerts, gestion du label aux côtés de ses camarades de Flippin’ Freaks et un travail obsessionnel d’enregistrement et de production de ce second disque aux côtés de Stéphane Gillet (réalisation/production), Lucas Mégardon (batterie), John Harding (basse) et Augustin Benhamou (guitare).
Lassé de patiner sur le mix de son deuxième disque, Pretty Inside botte en touche avec la création express d’un autre album composé et enregistré spontanément. Une parenthèse (dés)enchantée et à présent refermée, cri d’amour libératoire au college rock et à une certaine ligne claire du siècle passé.
S’il a fallu du temps et une certaine forme d’abnégation pour accoucher ce nouveau disque, c’est aussi car Pretty Inside propose à travers lui un véritable manifeste de sa vision de la musique, intrinsèquement liée au vécu de ceux qui l’ont composé et le défendent sur scène..
Peut-on guérir avec un disque? On peut en tous cas essayer avec Pretty Inside.